HOËDIC

 Si vous vous asseyez, à Hoëdic au vieux port,
 Au bout de la jetée, le soir, quand tout s’endort ;
 Et que la lune est là, tel le poète a dit :
 Sur le phare jauni, comme un point sur un i !
 Que le banc de rocher apparaît menaçant,
 Flanqué de sa tourelle dans le rayon d’argent !
 Non, vous ne pouvez pas, ne pas être touché ;
 Cette île est merveilleuse c’est une île enchantée
 Puis en vous détournant, c’est la plage dorée
 Qui s’étire alanguie sous le chant des grillons,
 Pendant qu’un doux zéphyr fait frissonner l’ajonc
 Et le long des bateaux un léger clapotis
 Met la dernière touche à cette symphonie.
 Le village blafard surplombe le spectacle
 Non, vous ne pouvez pas rentrer à l’habitacle,
 Vous êtes sous l’emprise de l’étrange sirène.
 Mais ne vous fiez pas à l’allure sereine,
 Car le rocher est là, et ici, et partout
 Affleurant l’eau à peine comme la faux de l’Ankou
 Prêt à vous transpercer et bateaux et marins
 Prêt à vous engloutir et garder son butin.
 Et pourtant si un jour, vous désirez la voir
 Allez-y pas à pas et sachez bien entrevoir,
 Caressez en le tour, apprenez-en le rite
 Car la sauvage Hoëdic, elle veut qu’on la mérite.

 

 15 Août 1973  François GIBAUD        Un ami d’Hoëdic